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Débats sur la Décentralisation en Afrique : cas du Mali

Interview du Réseau Réussir la Décentralisation accordée à Radio Lokolé de Kinshasa

Questions sur la conception, l’application de la décentralisation et son enjeu sur la légitimité de l’Etat. Cas de la décentralisation au Mali.

Article publié le 13 mai 2007
http://initiatives-mali.info/spip.php?article922

Interview téléphonique de Modibo Kéita, coordonnateur du Réseau Réussir la Décentralisation, accordée à Radio Lokolé de Kinshasa, (République Démocratique du Congo). Il nous (Axe Formation) fait plaisir d’avoir permis la réalisation de cet entretien en répondant à l’appel téléphonique de Radio Lokolé qui avait visité notre site.

En quoi consiste la décentralisation ?

La décentralisation participe de la démocratie de proximité ou démocratie à la base. Elle consiste au transfert par l’Etat central d’une partie de ses prérogatives et compétences légales à des pouvoirs locaux élus. Elle permet d’assouplir le fonctionnement de l’Etat en l’adaptant aux circonstances et coutumes locales tout en respectant la légalité constitutionnelle. Elle permet de renforcer la légitimité de l’Etat.

Pour qu’elle fonctionne, il faut qu’au moins trois acteurs majeurs jouent correctement leurs rôles et respectent ceux des autres : l’Etat central, les collectivités locales et les organisations de la société civile incluant le secteur privé.

Quelle différence y a t–il entre la décentralisation et la déconcentration ?

La décentralisation stricto sensu se rapporte aux organes d’auto-gestion des collectivités locales (communes, départements, régions jouissant d’une personnalité juridique et morale), tandis que la déconcentration est une technique administrative consistant à accorder une autonomie de gestion plus ou moins limitée, voire plus ou moins large à des entités administratives subalternes sans leur attribuer une personnalité morale.

Quelles sont les étapes prévues dans la mise en œuvre d’un processus de décentralisation ?

Les étapes me semblent fonction de chaque contexte et des objectifs politiques que les tenants du pouvoir assignent à la réforme de décentralisation. Au Mali, on a d’abord arrêté le principe dans la Constitution suite aux recommandations de la Conférence Nationale. Puis on a créé la MDRI (Mission de Décentralisation et des Réformes Institutionnelles) pour concevoir la réforme et organiser le corpus juridique devant la sous-tendre.

Parallèlement on a procédé à des campagnes de sensibilisation massive, notamment pour le découpage communal en associant les populations et les cadres sur le terrain aux processus de réflexions. Ensuite les lois ont été votées par l’Assemblée Nationale, ce qui a préparé le terrain pour les premières élections municipales et communales. La mise en oeuvre de la réforme de décentralisation a ainsi débuté. La MDRI fut alors dissoute et l’application de la réforme confiée au Ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales (MATCL).

Peut–on dégager les forces et faiblesses de la décentralisation au Mali ?

Les forces

- la forte volonté politique fondée sur une large légitimité populaire,
- la conception par une structure administrative dotée d’une large autonomie et rattachée directement à la Présidence de la République,
- un processus itératif et participatif.

Les faiblesses

- la non viabilité de certaines communes et un manque d’arbitrage politique transparent pour régler les problèmes de délimitation des communes,
- dans la phase de mise en œuvre, la communication n’a pas suivi pour faire comprendre à l’opinion publique nationale ce qui était en train de se faire,
- la lenteur dans le transfert de compétences et de ressources aux collectivités territoriales.

Quels sont les acquis de la décentralisation au Mali ?

- les collectivités territoriales existent et la plupart fonctionnent plutôt bien,
- la démocratie à la base est renforcée et il y a beaucoup d’initiatives citoyennes pour améliorer les conditions de vie et de travail des citoyens : réalisations de centres de santé, d’écoles, de points d’eau etc.
- il y a un regain d’intérêt pour le développement local et la gestion concertée des problèmes, surtout la prévention et la résolution non violente des conflits de gestion des ressources naturelles.

Quelles sont les lacunes et les difficultés de la décentralisation au Mali ?

- la mauvaise préparation de la plupart des élu(e)s à assumer les lourdes responsabilités qui sont les leurs : les calculs partisans priment trop souvent sur l’intérêt public (Exemple : pour le choix des responsables locaux, il y a beaucoup d’alliances contre nature, de transhumances politiques et de querelles interpersonnelles qui sont résolues de manière contreproductive),
- Les contreperformances de leaders locaux incompétents et parfois peu corrects représentent une bien mauvaise publicité pour la décentralisation et alimentent l’argumentaire de ses détracteurs,
- la place des chefs coutumiers, notamment les chefs de village, dans le dispositif communal : ils sont mis à l’écart dans les prises de décision à la base, or c’est à eux qu’appartiennent les terroirs villageois qui constituent l’ossature de la commune,
- les communes et l’Etat accordent la priorité aux seules infrastructures sociales et le développement économique local et régional n’est pas suffisamment promu : on a l’impression que la pauvreté gagne du terrain et pourrait aggraver la désillusion et le désespoir des gens.

La décentralisation doit s’accompagner de la relance économique, si non pour paraphraser l’ancien chancelier allemand et prix Nobel de la paix Willy Brandt « là où la pauvreté passe, la démocratie trépasse ».

Source : Secrétariat permanent du Réseau Réussir la Décentralisation, 21/02/07

La Toile du Réseau Réussir la Décentralisation partenariat "Initiatives Mali" Axe Formation

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