Des constats au projet
La région de Kayes est située dans la bande sahélienne. Elle est menacée par l’avancée du désert et la diminution des ressources ligneuses engendrée par l’évolution des conditions naturelles et par la pression démographique. Les besoins des populations pour l’énergie domestique (bois de chauffe surtout) sont toujours plus grands et leurs ressources sont limitées.
Actif dans cette zone depuis plusieurs années, l’AMCFE est une ONG constituée en 1990 majoritairement composée de biologistes, d’environnementalistes, de géographes, de zootechniciens et autres professionnels du développement rural. De 2001 à 2003, l’AMCFE a notament conduit le projet de gestion durable des ressources naturelles du Lac Magui dans la région de Kayes. Plusieurs constats se sont imposés, notamment la forte pression humaine sur les ressources ligneuses, les difficultés pour les femmes de s’approvisionner en combustibles ligneux, le coût élevé du bois de chauffe. Par ailleurs, il y a une grande abondance de déjections animales et de points d’eau.
L’AMCFE a voulu expérimenter un projet pilote sur le biogaz pour tenter de répondre à ce problème. Le biogaz, il faut le noter, est ce gaz obtenu suite à la fermentation méthannique des matières organiques. Il s’agit de la biomasse animale, végétale, d’ordures ménagères... Ces matières organiques se décomposent sous l’action conjuguée de micro-organismes (en milieu anaérobie). Par conséquent, il se produit d’une part, un mélange de gaz combustible appelé biogaz (75% de méthane, 15% de CO2 , etc.), d’autre part, un digestat appelé compost (riche en éléments fertilisants pour les champs).
Pour devenir une solution durable, il faut notamment que les populations soient convaincues du bien fondé d’utiliser le biogaz, en perçoivent les avantages et peuvent maîtriser les différentes opérations liées à la production et à l’utilisation du biogaz.
Pour réaliser ce projet pilote, l’AMCFE a mobilisé le fonds pour l’environnement des Nations Unies (PPS/FEM) ainsi que les populations locales. C’est ainsi que le FEM a apporté 85 % du budget du projet (soit 26 288 909 Fcfa), les populations ont contribué pour 10 % (soit une valeur estimée à 9 576 325 Fcfa) et l’ONG AMCFE pour 2 590 000 Fcfa. Le projet s’est déroulé sur quatre communes du cercle de Kayes (Koniakary, Ségala, Séro et Maréan Diombougou).
Les objectifs affichés du projet étaient :
la satisfaction des besoins énergétiques grâce à l’usage du biogaz au travers de la cuisson des repas, de la réfrigération, de l’éclairage, etc en faveur des populations bénéficiaires,
la régénération de la couverture végétale par la réduction des pressions humaines sur les ressources ligneuses,
l’éveil de conscience des populations locales à majorité analphabète,
l’amélioration du temps et de conditions socio-sanitaires de cuisine des repas pour les familles bénéficiaires,
l’augmentation des revenus monétaires par les petits commerces (du jus sucré et d’eau glacée, etc.) liés aux réfrigérateurs connectés au biogaz,
l’augmentation de l’épargne familiale par la réduction de l’achat du bois de chauffe,
l’amélioration du rendement des terres avec l’utilisation du compost,
l’amélioration globale du cadre de vie des populations cibles.
Dans le cadre de ce projet, la fonction "cuisson des repas" a été privilégiée, l’utilisation du biogaz entraînant la diminution de la pression sur les ressources ligneuses, l’augmentation de l’épargne familiale par la réduction de l’achat de bois de chauffe, la diminution du temps et l’amélioration des conditions socio-sanitaires de cuisine des repas, ainsi que l’amélioration globale des conditions de vie des populations. Parmi les conséquences attendues, il faut noter une régénération du couvert végétal, un éveil de conscience des populations pour l’environnement, l’augmentation de revenus monétaires par les petits commerces (jus sucrée, eau glacée) liés aux réfrigérateurs connectés au biogaz. En outre, en utilisant le compost produit pour la fertilisation des sols, le rendement des terres est amélioré, ce qui entraîne une meilleure alimentation des populations et augmentation de leurs revenus liés au commerce des surplus produits.
La mise en oeuvre du projet
L’initiative a démarré par une large campagne d’animation et de mobilisation des populations des 4 communes concernées de janvier à mars 2005. Ces animations ont permis de bien présenter le projet et ses objectifs, de solliciter la participation des populations en proposant des critères de sélection des familles bénéficiaires, d’informer sur le rôle du biogaz dans la gestion des ressources naturelles, ainsi que les modalités de contributions des différents partenaires pour l’installation des digesteurs.
Un cadre de concertation inter-villageois a été mis en place afin d’apaiser les tensions possibles entre les familles bénéficiaires et les autres. Les critères de sélection des familles ont été expliqués pour permettre d’établir une liste des familles capables d’assumer les engagements par rapport à la libération des contributions et à l’entretien du système. Il s’agit notamment de l’adhésion volontariste de la famille exprimant son besoin, de la facilité d’accès à la bouse animale (vache), de la disponibilité constante d’eau, des modalités de contributions ainsi que l’engagement par rapport à la gestion des digesteurs.
Suite aux propositions des populations, les agents techniques ont procédé à des visites de contrôle et ont procédé à la désignation des ménages retenus. Ainsi, 18 familles correspondant aux critères pré-établis ont été finalement admises dans les 14 villages concernés par le projet.
Le projet a d’abord installé deux digesteurs tests dans deux villages pour servir de démonstration. Suite à cette expérimentation, les autres digesteurs ont été construits. Ce sont des digesteurs souterrains (multiformes et multidimensionnels) et construits avec de petites briques en ciment. Le gaz produit est stocké dans une cloche métallique flottante appelée gazomètre. Ce gazomètre est communiqué aux foyers par un raccord plastique souterrain. Dans cette perspective, les bénéficiaires ont été formés à l’utilisation et à l’entretien du gazomètre.
Pour la construction des digesteurs, le projet a pris en charge tous les matériaux de construction et les accessoires de l’installation (ciment, sable, gravier, fer à béton, raccord, gazomètres, foyers, gants, instruments de mesure, etc.), la famille bénéficiaire a recruté des ouvriers et maçons pour faire les briques, creuser la fosse du digesteur, construire le digesteur et assurer son alimentation régulière avec la bouse mélangée d’eau.

En choississant ces techniques de production et de manipulation du biogaz, l’AMCFE a été attentive à l’utilisation de matériels facilement transformables, notamment des matériaux de construction (sable, gravier, ciment, etc.) et la disponibilité des matières premières (biomasses animales et eau). L’AMCFE a fait recours à une équipe spécialisée pour la construction des digesteurs de type familial, qui ont aussi formé les populations à l’entretien des équipements et à la gestion du biogaz produit.
Lors de la mise en oeuvre du projet, quelques difficultés ont été rencontrées. Les équipements utilisés pour la construction des digesteurs ont coûté chers. Au départ du projet, ces matériaux et expertises étaient supposés être disponibles dans la région. Toutefois, les constructeurs métalliques de la région ne disposaient pas de compétences techniques à l’époque pour fabriquer un gazomètre. L’ONG a été obligé d’avoir recours à ceux de Bamako dont les frais et le coût de transport sont assez élevés. Ce manque de main d’oeuvre qualifiée s’est aussi fait sentir pour les techniciens sollicités ; l’ONG a dû faire appel à des techniciens venus de Bamako pour la circonstance. Au niveau du gaz produit, il faut noter qu’il y a eu des problèmes de stockage du gaz ; tout le gaz produit ne pouvant être utilisé par les familles bénéficiaires. Elles ont souvent été obligées d’ouvrir les vannes afin de permettre au gaz produit de s’échapper pour éviter l’explosion du gazomètre, surtout en période de chaleur.
Malgré ces difficultés, qui peuvent être résolues par la formation de techniciens et d’artisans locaux ainsi que par l’utilisation de réserves de stockage, plusieurs succès ont été enregistrés.

L’utilisation du biogaz pour la cuisson s’est révélé économique pour les familles qui n’ont eu moins besoin d’acheter du bois de chauffe ; celle-ci a été réduite de plus de 50% dans les ménages disposant d’un digesteur. Les familles réalisent une économie de 500 fcfa par jour, ce qui représente une bonne somme dans un milieu où les ressources monétaires sont limitées. L’extension de l’utilisation du biogaz à la réfrigération, expérimentée dans un village, permet d’améliorer la conservation des aliments et d’envisager des petites activités génératrices de revenus, telles que l’eau glacée, les jus, autres produits agro-alimentaires.
La diminution des coupes de bois pour la consommation des ménages a entraîné la regénération des végétations et aussi un éveil de conscience des populations sur les questions environnementales. Ces actions, bien que modestes, contribuent à préserver la bio-diversité, à assurer l’assainissement et à protéger les sols. Le compost a été utilisé comme fertilisant pour les productions agricoles.
Peuvent témoigner de la concrétisation de ce projet, les populations, les élus des commune de Séro, Marena Diombougou, Ségala et Koniakary, ainsi que les agent des ONG Stop Sahel et GRDR. Les installations de biogaz de Koniakary et de Ségala sur l’axe Kayes Diéma sont faciles à inspecter ; elles sont situées non loin de la route. Il y a un grand engouement des populations des 4 communes et environnants qui viennent régulièrement visiter les unités de production de biogaz et souhaitent être associés au projet.
Les perspectives...
Suite aux résultats obtenus par le projet pilote, l’ONG ambitionne d’étendre le dit projet à l’ensemble de la région de Kayes. Des démarches auprès de l’Agence Malienne pour le Développement de l’Energie Domestique et l’Electrification Rurale (AMADER) sont en cours pour négocier une seconde phase de financement. Par ailleurs, l’AMCFE lance un appel à d’autres partenaires techniques et financiers intéressés par le dit projet pour la mise en oeuvre de cette seconde phase. L’intervention de l’Etat, qui pourrait faire la vulgarisation du biogaz par le biais de financement de projets et de subventions pour le matériel, pourrait contribuer efficacement à l’expansion de l’utilisation du biogaz à d’autres zones.
En proposant une alternative viable pour les ménages et en démontrant sa capacité à être appliquée par des populations largement analphabètes, l’utilisation du biogaz a permis d’apporter en partie des solutions aux problèmes écologiques, économiques, énergétiques, agricoles, et de développement communautaire dans la région de Kayes. Cette initiative s’inscrit dans le champ du développement durable.

Canevas de capitalisation des Conventions Locales de GRN