Introduction
L’AMADE est une organisation non gouvernementale nationale créée lors de son assemblée constitutive le 1er mai 1983, par des cadres volontaires désireux de contribuer de façon significative au développement socio-économique du Mali. Elle a pour mission de contribuer au développement socio-économique du Mali par l’appui aux initiatives des populations défavorisées et par la promotion des droits humains.
Elle travaille dans plusieurs secteurs de développement parmi lesquels : les services de base (éducation, sécurité alimentaire, habitat, accès à l’eau potable, etc), la gouvernance locale, les droits humains, la micro-finance, et l’environnement.
Le partenariat entre l’AMADE et les populations de N’Gorkou date depuis les années 1990. Tous les projets de développement ont été conduits de façon participative avec les populations.
La présente initiative s’inscrit dans le cadre de l’environnement. Elle relève de l’initiative de l’AMADE compte tenu de la particularité du sujet, les populations ont adhéré aux activités identifiées.
En effet, si le réchauffement de la Planète est un phénomène connu par une frange de la population des grandes villes de notre pays, grâce aux relais des médias, il n’en est pas de même pour les populations rurales. La majeure partie de la population du pays, particulièrement celle du Guimbala, ignorent totalement que la sécheresse au Sahel tout comme les pluies en Europe et les inondations au Bengladesh et en Chine sont subséquentes au changement climatique.
Jadis dans le Guimbala (Cercle de Niafunké, région de Tombouctou), les sources d’émissions de gaz à effet de serre se limitaient aux feux de brousse accidentels ou volontaires, aux travaux de labour qui libèrent le carbone, à l’utilisation du bois de chauffe pour la cuisine, à la mise à feu des déchets organiques (ménagers et champêtres), aux lampes tempêtes. Dans les années 2000, on ne comptait qu’un seul périmètre irrigué par moto pompe, aujourd’hui on en compte plus d’une dizaine dans la localité. La plupart de ces périmètres font au moins deux campagnes par an ce qui sous entend une pollution discontinue de l’atmosphère par le CO2. En plus de cela, on assiste à l’apparition de nouvelles sources d’émissions de gaz à effet de serre, telles que les gaz d’échappement des motos pompe, les moteurs des véhicules, les groupes électrogènes, les réfrigérateurs, les moulins etc.
A l’instar d’autres localités du pays, la commune de N’Gorkou reste dépendante du bois et charbon comme source d’énergie pour la cuisine et le chauffage. Le bois reste une source importante d’émissions de gaz.
Stratégies de mise en oeuvre
Le présent projet est exécuté en collaboration avec le service de la conservation de la nature (SCN) qui est le partenaire technique. Le projet a coûté au total 61.028.922 Fcfa soit une contribution de 19.808.922 Fcfa du Fond Environnemental Mondial (FEM) et 34.430.000 Fcfa de la population cible.
Les communautés ont mis en place des comités de 7 membres dans chaque village responsables pour la gestion et le suivi des activités du projet et l’établissement d’un calendrier de travail.
Le projet a mené des formations sur la production des plants, la plantation, le compostage, et la gestion des ressources naturelles. 12 personnes (dont 6 femmes) ont été formées en techniques de pépinières ; 120 personnes en compostage et technique de plantations. Le compostage, le semis de compostage, le semis de doum, et la mise en défense ont été faits de façon collective ; la plantation a été faite individuellement.
Les hommes et les femmes étaient impliqués dans toutes les étapes de développement des activités. Le projet a fourni aux comités des charrettes et ânes pour la production du compost. Les populations, avec l’appui de l’ONG, ont enrichi les parcelles de mise en défense par le semis direct des noix de doum. La réalisation des activités a été facilitée grâce aux émissions consacrées par la radio de Sarafaré (émissions de 15 minutes tous les mercredis, notamment sur les 15 modules de formations rédigés par le projet en bambara, peulh, et sonrhaï) et des réunions/séances d’animations sur des thèmes précis (2 fois par mois dans chaque village). Une visite d’échange avec le projet de doum de Korientzé a renforcé la prise de conscience des participants. L’implication de l’agent de la conservation de la nature dans le suivi des activités a été d’un apport appréciable pour le projet.
Quelques résultats
Par le renforcement de la conscience environnementale et des capacités organisationnelles et techniques, le projet a permis de créer une dynamique locale pour favoriser la régénération naturelle d’espèces menacées.
A la fin du projet :
24 ha de touffes de doum dégradées ont été mises en défense. Ces parcelles sont délimitées et protégées de toute coupe de feuilles. Cette mesure est respectée dans tous les villages.
Plus de 4.200 noix de doumier semés par les villageois ont poussé (la noix de doum germe très facilement). De plus, les paysans pratiquent la sauvegarde des jeunes pousses de doum lors de nettoyage des champs.
6.029 plants d’arbres ont été produits dans l’ensemble des pépinières. La production de baobab a particulièrement intéressé les femmes. Les plants ont été plantés par les hommes dans leurs champs et par les femmes dans leurs jardins. Les baobabs plantés en juillet 2003 ont plus de 1m de hauteur à ce jour et les femmes exploitent leurs feuilles pour faire de la sauce.
Dans le cadre du maintien et de la régénération des puits de carbone, 21,5 hectares de bourgoutière ont été aménagés et 21 hectares mis en défense.
Les paysans se sont rendus compte de l’effet bénéfique du compost sur la fertilité des sols et les rendements des cultures. 124 m3 de compost ont été produits et répandus dans les champs.
Ces résultats positifs ont été obtenus en dépit de quelques difficultés.
Les pépinières ont eu des difficultés (pertes de plants par eaux de ruissellement et prédation des écureuils). Les populations ont utilisé des filets pour protéger les plants et n’ont pas désherbé dans les pots pour dévier les écureuils de leur cible.
Les pépiniéristes femmes sont toujours présentes dans le village et plus dévouées que les hommes. L’exploitation de la pépinière en jardin maraîcher peut être une motivation pour les femmes pépiniéristes.
Certains villages dans la zone sont fortement hiérarchisés. Cela est un handicap pour l’appropriation du projet par le village. De plus, les débats lors des réunions sont souvent monopolisés par une seule personne, et l’avis des femmes est souvent marginalisé.
Retombées multiples
Une convention locale a été rédigée pour la forêt de Guédié dans la commune de Fittouga. Elle prévoit la protection intégrale de 400 ha pendant une durée de 2 ans, puis une gestion rationnelle des ses ressources (son application attend la réception d’un statut officiel).
La radio Konngal Fittouga a introduit dans son programme une émission sur l’environnement qui demeure malgré la fin du projet (elle a aussi reçu des copies des 15 modules du projet). L’exécution du projet en partenariat avec le Service de la Conservation de la Nature a permis d’améliorer significativement les relations entre le SNC et les communautés.
Au lieu de former d’autres forgerons en fabrication de fourneaux améliorés, le projet a utilisé ceux déjà formés par l’ONG YERE DEME. Au total, 53 fourneaux métalliques ont été vendus aux femmes soit à crédit, soit au comptant. Le prix de vente relativement bas par rapport au prix courant et de qualité égale ont crée l’émulation dans la zone. Ainsi des femmes des communes voisines ont émis le voeu auprès de la présidente des femmes de N’Gorkou d’intégrer le système. Les femmes du projet ont construit 200 foyers en banco qui sont tous utilisés. L’apport de ces foyers à la réduction des émissions de gaz à effet de serre est estimé à environ 193,2 grammes par an. Une enquête menée auprès des communautés a permis de recenser 12 postulants pour l’acquisition des plaques solaires.
A N’Gorkou, chef lieu de la commune, plus de 70% des membres du comité de suivi et de gestion sont des femmes.
La cantine scolaire de Namatié a adopté le foyer amélioré type "Louga". Les aliments sont cuisinés sur deux grands foyers construits en présence des élèves. Une pépinière est installée dans la cour de l’école. Ces deux exemples rentrent dans le cadre de l’éducation environnementale.
Quelques enseignements tirés
Suite à ce projet, l’ONG et les populations ont dégagé quelques enseignements qui peuvent renforcer d’autres actions.
Il est préférable de semer le doum un mois avant le début des pluies sur du sol non argileux, ce qu’il lui permet d’avoir une taille considérable avant la fin de l’hivernage,
Il est plus facile de mobiliser les communautés autour d’une activité si elle est génératrice de revenu comme la bourgouculture,
Il est nécessaire de mettre en place les structures de gestion en présence de toutes les autorités et de tous les leaders villageois pour éviter de revenir chaque fois sur leur composition.
Les communautés adoptent facilement une technologie quand elle peu coûteuse, plus pratique et adaptée comme celle des foyers améliorés.

Canevas de capitalisation des Conventions Locales de GRN