Introduction
FEDEV (Femmes et Développement) était un projet de développement des femmes rurales dirigé par le service Quaker américain affilié en son temps au Gouvernement malien, à travers la Direction Nationale de la Formation et de l’Animation Rurale, (DNFAR). Elle a donné naissance à l’Association Entre Aide et Développement AED une organisation non gouvernementale malienne en septembre 1988, avec comme mission principale : la contribution au développement durable de la femme rurale et semi-urbaine par l’initiation d’actions d’auto-promotion.
Pour quels intérêts spécifiques ?
L’ONG AED a choisi dès le départ de contribuer à la réduction de la pauvreté des femmes dans les zones de Koulikoro, Ségou, Sikasso, et le District de Bamako, suite aux constats que font apparaître un certain nombre de difficultés critiques : la persistance de la pauvreté, les difficultés d’accès au crédit et aux capitaux de production, la disparité dans l’accès à l’éducation, à la formation et à l’emploi, l’accès aux soins de santé primaire, violences conjugales, etc... Ceux-ci aboutissent aux restrictions des possibilités pour les femmes en comparaison avec celles des hommes de générer leurs propres revenus/capital afin d’améliorer leur position sociale, économique et politique.
Il est donc nécessaire de développer des stratégies novatrices pour la lutte contre la pauvreté et la survie familiale. Un des éléments essentiels de ces stratégies de production et d’accroissement des revenus est le recours aux crédits, allant souvent de paire avec l’épargne.
La contribution de l’ONG AED auprès des femmes des zones d’intervention permettra une amélioration des conditions de vie des femmes et de la famille et une plus grande participation de la femme aux activités de développement des localités.
De l’approche vers la concrétisation des actions
Une approche participative permettant la responsabilisation des acteurs locaux et l’appropriation des techniques et capacités par les bénéficiaires pour favoriser l’autonomie des structures créées fut la stratégie déployée par l’ONG AED. Elle permettra de stimuler les synergies au sein des groupements locaux comme dans les relations avec tout l’environnement local et externe.
Les femmes dans les localités étaient déjà organisées en groupement. La collaboration avec l’organisation AED a permis de mettre en place un comité de gestion par secteur d’activité au sein des groupements : comité de gestion de caisse de l’épargne/crédit, comité de gestion de la banque de céréales, comité de gestion du champ collectif, comité de gestion du périmètre maraîcher, etc...
Des assemblées générales d’information sont organisées de façon régulière par les comités de gestion afin d’informer les membres des groupements de l’évolution des activités au sein de chaque comité de gestion. Pour le comité de gestion de la banque de céréales par exemple, une assemblée est tenue pour uniformiser la position des membres du groupement sur le prix d’achat par kilogramme, une autre après les achats pour donner les informations sur les quantités achetées, tous les autres coûts afférent aux achats et éventuellement fixer les prix de vente.
Les banques de céréales assurent une certaine régulation des disponibilités alimentaires du village et une économie de temps : les membres peuvent avoir facilement accès aux grains et utilisent le restant à d’autres activités génératrices de revenu. Les produits stockés sont vendus aux membres à un prix inférieur à celui du marché. Les banques de céréales sont gérées par les groupements et les produits des ventes servent à consolider l’auto financement des approvisionnement en céréales.
Par la présente initiative, l’ONG AED a utilisé son savoir faire et ses compétences du milieu pour développer des activités en fonction des secteurs. De ce fait on peut noter trois types d’activités développées par l’organisation :
des activités de formation (alphabétisation, gestion, leadership, technique, décentralisation)
des activités économiques de promotion collective (champ collectif, savonnerie, banques de céréales moulin)
des activités économiques de promotion individuelle (jardin, micro-fiance, teinture, embauche).
La conduite des activités est généralement :
collective d’une part pour les activités (banques de céréales, champs collectifs, moulins, formation) et les produits obtenus sont gérés de façon collective,
individuelle d’autre part pour les périmètres maraîchers, (accès aux parcelles), l’embauche bovine, épargne crédit.
A titre d’exemple, les champs collectifs permettent l’accès au foncier par les femmes. Le produit des récoltes sert au financement d’autres activités essentiellement sociales dans le village. A long terme, ils permettent la rémunération individuelle des femmes qui ont travaillé dans les champs collectifs, en même temps que le soutien aux actions sociales et participent à la sécurité alimentaire.
L’ONG AED accompagne les groupements de femme suivant un certain nombre de conditions. Pour les activités de jardinage, les femmes sont tenues d’avoir une parcelle d’environ 1 hectare attribué par les autorités locales et destinée à l’activité de jardinage. Un travail d’aménagement est aussi demandé, tel que creuser un premier puit et clôturer la parcelle par des piquets. Les femmes assurent la restauration des puisatiers, apportent une assistance pour la main d’oeuvre dans l’aménagement des puits et apportent les matériaux locaux (sable, gravier). L’AED prend en charge les frais liés au creusage et à l’aménagement des puits.
Quelques résultats d’activités
Au cours de l’exécution du projet, l’organisation AED a été confronté à certaines difficultés :
Insuffisance de fonds pour le fonctionnement des banques de céréales. Seulement deux cent mille francs (200.000 Fcfa) sont mis à la disposition des groupements pour la constitution des banques de céréales,
Les hommes n’encouragent pas trop l’initiative des femmes. Les terres lessivées situées généralement dans les ravins sont attribuées aux femmes. Cela se traduit par le faible rendement recensé dans les champs collectifs,
Difficultés d’écoulement des produits dû à l’enclavement de certaines localités et la concurrence entre les produits.
Mais pour autant des résultats au sein des groupements de femmes demeurent encourageants.
Pour les stocks de céréales
- Actuellement des stocks de céréales sont disponibles auprès de chaque groupement de femmes :
- les membres peuvent accéder à des prix abordables, car fixés par elles-mêmes.
- De l’expérience des banques de céréales, certaines femmes ont initié d’autres activités génératrices de revenus.
Pour le maraîchage
- Quatre vingt (80) villages encadrés par le projet mènent l’activité maraîchère sur une superficie d’environ 80 ha soit 1ha par jardin.
- l’un des secteurs (Ouélessebougou) encadré par le projet avait eu un contrat de collaboration par la fourniture de haricots verts avec l’organisation Mali Primeur.
Mobilisation de l’épargne
- Quinze groupements de femmes, soient 200 femmes au moins, ont adhéré à l’Union des Caisses Inter-groupements d’Epargne et Crédit (UCIGEC). Ces groupements mobilisent de l’épargne et bénéficient du crédit pour financer leurs activités.
Echanges et réseautage
- des relations de collaboration et d’échanges entre les groupements existent au sein de la même localité ou entre localité.
Vu les résultats obtenus, des villages avoisinants ont demandé à l’ONG de reprendre les mêmes activités au niveau de leur secteur afin de permettre à leurs femmes d’être mieux initiées aux activités génératrices de revenus.
Une ONG en évolution
L’AED a entamé un processus de changement organisationnel et institutionnel.
Il s’agit notamment de mieux responsabiliser les groupements locaux partenaires dans la réalisation des projets sur le terrain ainsi que certaines procédures de travail au sein de l’ONG.
L’AED souhaiterait étendre les activités à :
la formation et l’équipement des femmes pour une meilleure transformation et de conservation de leurs produits maraîchers,
la formation et l’équipement de groupements encadrés pour la production du beurre de karité
l’extension de la boutique artisanale
Par ailleurs, l’AED veut évoluer de son système d’épargne crédit informel vers un système conforme aux normes nationales.
Des reflexions sont déjà engagées dans ce sens au sein de la coordination de l’organisation afin d’élaborer un document projet qui sera soumis aux partenaires techniques et financiers susceptibles d’apporter une contribution pour la réalisation de ces objectifs.

Canevas de capitalisation des Conventions Locales de GRN