Naissance de l’association ADQ-CAMS
L’avènement de la démocratie et du multipartisme en 1991 au Mali a servi de base pour apprécier le rôle et la place de la jeunesse dans le processus de changement de comportement mais aussi pour encourager les initiatives locales de développement. C’est dans ce contexte qu’est née l’Association de Développement de Quartier Clubs des Amis de Mékin Sikoro (ADQ-CAMS) le 25 avril 1992. C’est une organisation apolitique ayant pour but le développement du quartier de Mékin Sikoro à travers l’éducation des enfants et des jeunes.
Mékin Sikoro est l’un des 14 quartiers de la Commune I du District de Bamako ; il est situé au Nord ouest de la ville sous le flan nord de la colline de Point G. Sa population est de 36.000 habitants ; elle est composée de paysans, ouvriers, et de quelques fonctionnaires. Les femmes s’adonnent aux petits commerces et aux activités génératrices de revenu comme le maraîchage et la vente de condiments.
A l’image de tous les quartiers périphériques de Bamako, Mékin Sikoro est confronté à des problèmes comme la démographie galopante, le pléthore des effectifs dans les salles de classe, la déperdition scolaire, l’analphabétisme, l’insécurité, l’insalubrité, la mendicité, insuffisance d’eau potable, la non viabilisation du quartier, le manque d’infrastructure éducatives etc...
Pourquoi le centre ?
Le centre est réalisé par l’Association afin de prévenir le phénomène « Enfants de la rue ». Il y a quelques années de cela, l’Association a constaté avec regret que beaucoup d’enfants de Mékin Sikoro en âge de scolarisation ne sont pas inscrits à l’école. Les enfants sont laissés à eux-même dans le quartier. Certains d’entre eux passent toute la journée au dehors en train de jouer, d’autres en train de se balader de quartier en quartier à la recherche du pain ou des pièces d’argent.
Fort conscient de cette situation, l’Association a décidé de créer un Centre d’écoute et d’orientation des enfants le 5 avril 1996 destiné à la prise en charge des enfants en situation difficile.
L’objectif du Centre est d’instituer un cadre fonctionnel qui permet de prendre en charge les enfants en situation difficile et apporter des gammes de solutions pour leur insertion dans la vie sociale et éducative, économique de la communauté par des actions d’assistance sociale et socio-éducatives.
Les missions du centre s’articulent autour de l’écoute, l’information, l’assistance sociale, l’orientation et le formation professionnelle. L’écoute qui est la première forme d’intervention, elle permet d’identifier l’enfant et ses besoins. Le centre dispose d’un cadre aménagé et les compétences nécessaires pour faciliter cette activité. L’initiative de prendre en charge les jeunes garçons et filles se fait de commun accord entre le centre et les parents ou les tuteurs reconnus légalement par les autorités communales, ainsi que la population locale.
"Un enfant en situation difficile, c’est celui dont les parents n’ont aucune ressources financières et matérielles pour faire face aux besoins sur le plan santé et éducation, ni même culturel. C’est aussi celui dont les parents sont pauvres ou décédés, selon Monsieur Mahamane Maïga [1].
Activités réalisées par le centre
Une enquête sociale au préalable est faite par les animateurs pour identifier les enfants en situation difficile. Ceux qui sont identifiés et reconnus en situation difficile sont orientés vers le centre où ils reçoivent des cours de formations préparatoires avant de les envoyer à l’école publique. Cette formation préparatoire varie entre une et deux années selon le niveau et l’âge de l’enfant. Des cours de formations professionnelles (menuiserie bois et métallique) et d’alphabétisation fonctionnelle sont également dispensés aux enfants qui ont dépassé l’âge d’aller à l’école.
Dans un soucis d’avoir plus d’impacts des actions réussies, le Centre a adopté la politique participative à travers « l’éducation par pair », c’est-à-dire permettre aux jeunes eux-mêmes de se donner des conduites de comportement pouvant aboutir à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.
Les Clubs Action Enfants pour Enfants (CLAEF) composés chacun de trente (30) membres dont 15 garçons et 15 filles sont mis en place par le centre. Ils ont pour but de maintenir la relation entre le centre et ses anciens élèves afin de favoriser la formation continue des élèves autour des questions de développement et d’éducation d’une part et d’autre d’organiser des activités citoyennes au sein du quartier pour sensibiliser d’avantage la population et les décideurs de faire de l’éducation et la santé des enfants une priorité locale.
Les activités réalisées sont surtout citoyennes comme l’hygiène et l’assainissement du quartier, la gestion des ordures, le contrôle alimentaire, ou informatives comme la diffusion d’informations et la sensibilisation sur des textes relatifs aux droits et devoirs des enfants, mais aussi des activités sportives et culturelles.
Des activités sont organisées de façon régulière au Centre pour permettre justement aux aînés de se retrouver et échanger les expériences avec les cadets qui y sont actuellement. C’est aussi un forum qui permet aux enfants de se concerter entre eux, de blâmer celui ou celle qui se comporte mal à l’école, en famille ou en ville.
Pour appuyer leurs actions sur le terrain, les jeunes ont décidé de créer une troupe théâtrale destinée à l’animation populaire au niveau du quartier afin de sensibiliser les jeunes et solliciter d’avantage l’appui de la population et des décideurs locaux à la prise en charge de l’éducation et la santé des enfants du quartier.
La direction du Centre est assurée par un personnel réduit : un directeur et des animateurs. Les animateurs aussi bien que le directeur de l’association travaillent tous dans le cadre du bénévolat pour le développement du quartier, ce qui motive d’avantage le personnel à accroître le rendement de travail réalisé sur le terrain, selon Monsieur Maïga, Directeur du Centre. En effet, le bénévole associatif est une personne physique qui, de sa propre initiative et de manière volontaire, décide d’agir dans l’intérêt d’une association, pour permettre à cette dernière de réaliser l’objet pour lequel elle a été constituée. En contre partie, le bénévole perçoit des indemnités qui lui permettent de faire fasse aux besoins élémentaires vitaux afin de lui assurer une continuité des actions entreprises sur le terrain.
L’Association a plusieurs partenaires techniques et financiers dont les plus actifs sont Enda Tiers Monde qui apporte un appui technique et logistique ainsi que la formation continue des animateurs. Il y a aussi Aide à l’Enfance Canada qui contribue largement à la prise en charge du fonctionnement du centre (paiement de loyer du centre, indemnités pour le personnel, fournitures et matériels). En plus de ces partenaires actifs, le partenariat existe avec d’autres organisations comme la Coopération française, l’UNICEF, le DED, Action contre la Faim etc...
Une reconnaissance méritée
Dans une large mesure, la population de Mékin Sikoro aussi bien que les autorités locales reconnaissent la valeur de travail réalisé par l’Association et sa pertinence dans la localité. En effet, il faut noter aussi que dès le départ des activités, certains leaders d’opinion du quartier avaient des resserves par rapports aux objectifs que le Centre s’était fixé. Convaincus par les résultats obtenus, ces leaders constituent aujourd’hui pour le Centre de personnes ressources et participent à la réalisation des plusieurs activités du Centre sur le terrain, soit en faisant des contributions financières ou matérielles, ou jouent le rôle de facilitateur auprès des partenaires sollicités par le centre pour une activité spécifique.
Le personnel aussi bien que les enfants du centre bénéficient des consultations gratuites au niveau du centre de santé de Sikoro et même des soins. L’assistance médicale permet de donner des soins primaires aux cibles du centre ainsi qu’au personnel ou leur orientation dans les structures sanitaires spécialisées.
Quelques résultats notoires
Le développement du partenariat entre le centre, les partenaires techniques et financiers, les acteurs de la société civile et les structures du secteur public a donné la possibilité au centre de trouver une mesure d’orientation aboutissant à une réinsertion sociale réussie et des résultats sur plusieurs plans :
Le centre de sa création a aujourd’hui a orienté 273 enfants,
En plus des Clubs Action Enfants pour Enfant de Mékin Sikoro, d’autres Clubs ont été réalisés par le centre à travers le pays dont Bamako, Baguineda, Kati, Kayes et même en France par le canal de l’internet
9 comités d’hygiène ont été réalisés dans les écoles de Sikoro et de Banconi
Présentement les premiers enfants encadrés par le centre seront candidats à l’examen du Baccalauréat pour certains et d’autres pour le brevet technicien sous peu de temps,
15 jeunes ont bénéficié de la formation professionnelle dont 5 en menuiserie métallique et 10 en menuiserie bois.
Le centre dispose actuellement en son sein d’un atelier de menuiserie en bois qui s’est spécialisé dans la conception et la réalisation des jeux en bois pour les enfants et les adultes, des classeurs pour les matériels et fournitures de bureau, de support pour ordinateurs portables, des meubles pour ranger les chaussures, de support de serviettes, des bibliothèques.
L’une des réalisations qui a remarquablement surpris et attiré l’attention des visiteurs et partenaires est la conception d’un four solaire en bois. Ce four s’est avéré à la fois performant et économique.
Perspectives du centre
Malgré ces résultats jugés satisfaisants, le centre est confronté à des difficultés qui l’empêchent d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé pour la pérennisation de ses actions. Le centre depuis sa création est logé dans un petit bâtiment en location. Sa capacité d’accueil est relativement faible, ce qui l’empêche de recevoir un plus grand nombre d’enfants et de pouvoir réaliser toutes les activités programmées.
Le coût élevé de la location du bâtiment constitue un handicap. Malgré les multiples démarches effectuées auprès de la mairie, pour acquérir une parcelle afin de construire un centre digne de ce nom qui pourra répondre aux attentes des activités prévues par la direction, une solution durable n’a pas encore été trouvée.
Face à la nécessité de développer des ressources autonomes et de ne pas dépendre entièrement de la bonne volonté des partenaires techniques et financiers, le centre espère développer des activités génératrices de revenus afin de supporter les indemnités de son personnel et payer les factures.

Canevas de capitalisation des Conventions Locales de GRN